Franchir le Haut Atlas par la route : Tichka, Telouet et Tizi n’Test

Franchir le Haut Atlas par la route : Tichka, Telouet et Tizi n'Test

Entre Marrakech et le Sud marocain, aucune route ne reste à plat. Le Haut Atlas dresse une barrière continue, et la plupart des voyageurs qui partent vers Ouarzazate, la vallée du Drâa ou le désert la franchissent au même endroit : le Tizi n’Tichka, à 2 260 mètres, sur la nationale 9. C’est le passage le plus direct et le plus fréquenté. Il n’est pas le seul, et le choix du col change la nature de la journée.

Pourquoi presque tout le monde passe par le Tichka

La N9 relie Marrakech à Ouarzazate sur près de 200 kilomètres. Après la plaine du Haouz, elle grimpe par des vallées plantées de chênes et de noyers, traverse le village de Taddert, à mi-chemin, puis se raidit et enchaîne les lacets jusqu’au col. Au sommet, quelques cafés et des boutiques de minéraux et de fossiles accueillent les cars de la journée.

Ce qui rend la traversée longue, c’est moins la distance que le trafic. Camions de marchandises, minibus, grands taxis et voitures particulières se partagent une chaussée de montagne, avec des dépassements parfois hardis à l’approche des virages. Comptez une bonne demi-journée pour rejoindre Ouarzazate avec quelques arrêts. En hiver, la neige peut fermer le col pendant quelques heures ou quelques jours ; la gendarmerie ferme alors le passage, et aucune alternative rapide n’existe.

Le versant sud mérite qu’on lève le pied. Passé le col, les noyers et les champs en terrasses disparaissent presque d’un coup : la montagne devient minérale, rouge et ocre, et les premiers villages de terre se confondent avec la pente. Ce basculement, plus net ici que nulle part ailleurs sur la route, annonce le Sud bien avant Ouarzazate. Le long des derniers lacets, des vendeurs brandissent des géodes au passage des voitures ; s’arrêter pour eux sur un bas-côté sans visibilité est l’un des gestes les plus risqués de la descente.

La variante de Telouet suit l’ancienne route des caravanes

Une vingtaine de kilomètres après le col, une petite route se détache vers Telouet. Avant la route moderne, c’est par là, puis par la vallée de l’Ounila, que les caravanes reliaient Marrakech au Drâa. La famille Glaoui, qui a dominé le Sud jusqu’à l’indépendance, contrôlait ce passage et en tirait une part de sa puissance. Sa kasbah de Telouet, en partie ruinée, conserve des salles d’apparat aux zelliges, aux stucs et aux plafonds de cèdre peint qui contrastent avec les murs de terre qui s’effritent tout autour.

De Telouet, la route descend l’Ounila jusqu’à Aït Ben Haddou, ksar inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, avant de rejoindre la N9 près de Ouarzazate. Le tronçon est étroit, parfois abîmé après les pluies, et se parcourt lentement. C’est le détour qui transforme une liaison en étape, à condition de lui consacrer la journée.

Le Tizi n’Test, plus spectaculaire et plus exigeant

Plus à l’ouest, le Tizi n’Test, à 2 092 mètres, relie Marrakech à la plaine du Souss et à Taroudant. Réputée étroite et souvent dépourvue de parapet, la route s’accroche à flanc de montagne au-dessus de pentes vertigineuses. Elle longe la vallée du Nfis et passe près de Tinmel, berceau de la dynastie almohade au XIIe siècle, dont la grande mosquée a été gravement endommagée par le séisme du 8 septembre 2023.

Ce tremblement de terre, survenu dans la province d’Al Haouz, a aussi lourdement touché la route elle-même, coupée par des éboulements puis soumise à de longs travaux. Avant de programmer le Tizi n’Test, renseignez-vous sur son état au moment du départ, auprès de votre hébergement ou de votre loueur, plutôt que sur un forum vieux de deux ans. Pour un voyage vers le désert, il impose de toute façon un long détour par l’ouest.

Ce que la montagne change au volant

Passer de la plaine de Marrakech à plus de 2 000 mètres en quelques heures n’a rien d’une expédition. Quelques réflexes évitent pourtant les mauvaises surprises.

Les freins demandent le plus d’attention. Dans les longues descentes, un véhicule chargé, a fortiori un 4×4 lourd, fait vite chauffer ses disques si l’on freine en continu. Rétrograder pour laisser le frein moteur retenir la voiture, puis freiner franchement et brièvement avant chaque virage, évite de sentir la pédale devenir molle à mi-pente.

Le temps peut aussi tourner vite : la température chute fortement entre la plaine et le col, et le brouillard s’accroche parfois au sommet en saison fraîche. Quant aux camions, ce sont eux qui dictent le rythme de la montée. Suivre un poids lourd, c’est rouler au pas pendant des kilomètres ; le doubler sans visibilité, c’est prendre le risque le plus sérieux de la journée. Mieux vaut patienter jusqu’à une portion dégagée, quitte à perdre un quart d’heure.

Le col comme étape plutôt que comme corvée

Sur bien des circuits vers le désert, la montagne n’est qu’une liaison avalée d’une traite. D’autres en font le premier chapitre du voyage. Un voyage guidé en 4×4 entre Atlas et Sahara comme celui de Caravanes Aventures franchit ainsi le Haut Atlas dès le premier jour pour rejoindre la palmeraie de Skoura, où commencent les premières pistes, puis recroise le massif au retour depuis l’Anti-Atlas, avec vue sur le Toubkal, point culminant de l’Afrique du Nord. La boucle montre la montagne sous deux faces, à quelques jours d’intervalle : celle qu’on gravit en quittant la ville, et celle qu’on retrouve, couvert de poussière, au sortir du désert.

Quel que soit le col choisi, quittez Marrakech tôt le matin. Vous croiserez moins de camions dans les lacets, et vous arriverez de l’autre côté avec assez de marge pour qu’un arrêt imprévu, devant une kasbah ou à un contrôle de gendarmerie, ne se transforme pas en course contre la nuit.